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Les conclusions du ministère public dans l’affaire du quotidien turc Cumhuriyet illustre l’absurdité des chefs d’accusation

mardi 20 mars 2018 - 0:44pm

Sahar Halaimzai
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Les conclusions du ministère public dans l’affaire du quotidien turc Cumhuriyet illustre l’absurdité des chefs d’accusation

16 mars 2018 — Aujourd’hui, PEN International et le centre PEN de Belgique-Flandres ont assisté, en qualité d’observateurs, à la septième audience de la procédure pénale engagée contre les journalistes et autres membres du personnel du quotidien turc Cumhuriyet, accusés d’agissements terroristes. Cette septième audience s’est déroulée dans les locaux du tribunal de la prison Silivri, aux abords d’Istanbul.

« Une fois encore, nous appelons à la libération immédiate et inconditionnelle d’Akin Atalay, et à l’abandon de toutes les charges retenues contre les journalistes et les membres du personnel du Cumhuriyet. Les conclusions du ministère public à l’audience d’aujourd’hui n’ont fait qu’illustrer l’absurdité des chefs d’accusation et mettre en lumière l’absence de preuves à l’appui de telles accusations. Contrairement à ce que prétend le procureur, aucune des preuves qu’il a produites dans le but d’étayer le prétendu biais d’information ou un  soi-disant virage dans la ligne éditoriale du Cumhuriyet, ne prouve, irréfutablement, de quelconques agissements constitutifs du délit d’aide et de complicité avec des organisations terroristes. Dans ce procès, c’est le journalisme légitime qui est sur le banc des accusés », s’exclame Carles Torner, directeur général de PEN International.

Une fois les différents moyens de preuve exposés, l’audience a été consacrée à la présentation des conclusions du procureur. Se basant principalement sur des citations partielles d’articles parus dans le Cumhuriyet, et à l’occasion sur des contacts anodins entre certains membres du personnel du quotidien et les terroristes présumés, et sur les avis, subjectifs, exprimés par certains témoins, le procureur a fait valoir que le journal était devenu un instrument de la FETO, l’organisation terroriste du prédicateur Fethullah Gülen, qui est accusée par le gouvernement turc d’avoir orchestré la tentative de coup d’État de juillet 2016. Le procureur a indiqué que la couverture de cet évènement par le Cumhuriyet avait pour but de tromper le public, de présenter les organisations terroristes sous un jour sympathique, en se concentrant par exemple sur l’égalité entre les hommes et les femmes et sur les questions environnementales chères au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), et, ainsi, prétendument, de servir les desseins des organisations terroristes en manipulant l’opinion publique.

« Ça vous fait froid dans le dos de voir comment le journalisme d’information et les articles critiques sont présentés comme délit d’aide et de complicité avec des organisations terroristes. Le fait de considérer un journalisme légitime, robuste, comme une menace pour la sécurité nationale signale la fin de la liberté de la presse et, avec elle, la fin de la démocratie même, qui ne peut exister que si le public est en mesure de s’informer sur les politiques et les activités de ceux qui sont au pouvoir », indique Isabelle Rossaert, vice-présidente du centre PEN de Belgique-Flandres.

Akin Atalay, président exécutif du conseil d’administration du Cumhuriyet, et le seul à avoir été maintenu en détention préventive jusqu’à l’ouverture du procès, a opposé une défense remarquable, disant : « Nos amis ont été invités à témoigner que le Cumhuriyet avait modifié sa politique éditoriale. La réponse naturelle serait : le fait que nous ayons modifié la politique éditoriale ne vous regarde absolument pas ; si ça ne vous plaît pas, vous n’avez pas besoin de l’acheter … Le ministère public considère l’indépendance éditoriale, principe selon lequel nous vivons, comme une activité criminelle. »

La prochaine audience se déroulera les 24, 25, 26 et 27 avril 2018 dans les locaux du tribunal de la prison Silivri.

Pour toute information complémentaire, veuillez contacter Laurens HUETING, chargée de mission Coordination programmatique Europe, qui a suivi l’audience en qualité d’observatrice : Laurens.Hueting@pen-international.org.