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Chili: Des actions en justice à l’encontre d’artistes et de mouvements sociaux associées à leur criminalisation témoignent d’un renforcement de la censure

mardi 28 juillet 2020 - 8:10pm

Las Tesis

Le PEN International et le PEN Chili condamnent les actions en justice exercées contre les activistes et artistes de LASTESIS, auteurs de la performance intitulée "A rapist in your way" (“Un violeur sur ta route”), réalisée dans plus de 35 pays. Ces procédures, déclenchées par une section des forces de police chiliennes, les Carabineros, mettent la liberté d’expression en péril et témoignent d’un danger pour les écrivains, les artistes ainsi que les militants sociaux et les journalistes qui critiquent la sécurité et la politique gouvernementale.

La criminalisation de ce collectif d’auteurs, d’artistes et d’activistes agissant pour des motifs louables tels que les droits des femmes ou l’espace de critique que représente l’art, est une attaque perpétrée contre la libre expression qui affecte la société dans son ensemble. La performance de LASTESIS symbolise le besoin de justice et se fait la porte-parole de millions de femmes. Les contraindre à cesser reviendrait à réduire au silence des femmes à travers le monde entier”, a déclaré Jennifer Clement, Présidente du PEN International.

Le 16 Juin 2020, le journal La Tercera a révélé qu’une plainte avait été déposée contre LASTESIS par les Carabineros du Chili sur l'allégation d’un crime “d’atteinte à l'autorité et de menaces contre l'institution policière”. Le 17 Juin, le Bureau du Procureur Régional de Valparaiso a confirmé qu’il y avait eu deux plaintes déposées contre les artistes. La première date du 30 Mai, la seconde du 12 Juin. Une enquête criminelle a été ordonnée et approuvée la prise en charge de celle-ci par l'institution qui est à l’origine même des plaintes, ce qui crée un conflit d’intérêts.

La première plainte fut la conséquence d’une vidéo et de phrases qui auraient été écrites par le collectif et publiées le 27 Mai sur les réseaux sociaux de LASTESIS. Dans la vidéo, LASTESIS - en collaboration avec le groupe Pussy Riot - dénoncerait des actes de violence policière contre des femmes et des violences dans le contexte du confinement lié au virus COVID-19 en différents lieux au Chili.


Les membres de LASTESIS ont déclaré au PEN qu’ils n'étaient pas les auteurs de ces phrases et qu’ils n’apparaissaient pas dans les vidéos. Ils ont déclaré ne pas avoir été préalablement ou formellement informés des plaintes déposées contre eux, ayant seulement reçu une réponse du Bureau du Procureur Régional de Valparaiso après que leurs avocats se soient officiellement présentés - à la suite de quoi des copies des plaintes leur ont été délivrées.

Deux des membres du collectif ont également confié qu’ils avaient fait l’objet de mesures d'intimidation à une reprise au moins au cours du mois dernier - avec des faisceaux lasers verts pointés vers l’intérieur de leurs maisons - et qu’ils avaient été les cibles d’une campagne de calomnie avant et après le dépôt des plaintes.

La seconde plainte accuse LASTESIS d’actes de violence qui auraient été perpétrés contre les Carabineros chiliens dans le contexte des manifestations de Novembre et Décembre 2019, en relation avec les performances publics de "A rapist in your way."


Le Président du PEN Chili, Jorge Ragal, a déclaré : “C’est une tentative d’intimidation à deux égards ; elle vise à envoyer un signal de censure à l’égard de la création artistique et culturelle ainsi qu’aux demandes relatives à l'égalité et aux droits des femmes. Le Centre du PEN Chili et ses membres ont élevé leurs voix, appelant les autorités à mettre fin à ces tentatives de criminalisation de LASTESIS”.

Le PEN International s’inquiète du fait que l'institution dirigeant l'enquête est également celle-là même qui est chargée d'autoriser les personnes à quitter leur domicile pendant le confinement lié au virus COVID-19. Il trouve également préoccupant que quatre des membres du collectif n’aient pas été informés des plaintes déposées contre eux ainsi que le prévoit la loi.

De nombreuses initiatives citoyennes ont été lancées en faveur de LASTESIS au niveau international, telles que l’appel de 30 actrices d’Hollywood visant au retrait des plaintes. Les Carabineros maintiennent toutefois la procédure pénale en cours.

Le Bureau du Rapporteur Spécial pour la Liberté d’Expression de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, a exprimé sa préoccupation concernant la procédure pénale en cours contre LASTESIS, soulignant qu’elle pourrait mener à la criminalisation de l’expression artistique et de la contestation, ayant vocation à être protégées par le droit à la libre expression.

La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme a insisté sur la nécessité de garantir le droit des femmes à la liberté d’expression et à l’accès à l’information qui constitue un moyen pour combattre la violence sexiste. À cet égard, les protestations exprimées contre la violence sexiste par des défenseurs des droits de l’Homme, des artistes et des collectifs de femmes, qui se sont étendues grâce au rôle joué par la contestation en ligne, ont été précieuses pour attirer l’attention sur la persistance d’un problème qui compromet le droit des femmes à pouvoir jouir d’une vie exempte de violence.

En Décembre 2019, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme a condamné l’usage excessif de la force lors des contestations sociales au Chili, à l’occasion desquelles un nombre important de violations des droits de l’Homme dénoncées à des organes de l’État ont été attestées. Celle-ci a indiqué qu’elle avait connaissance d’au moins 332 plaintes contre les Carabineros, 39 contre les forces militaires et 6 contre la Police d’Investigation (Policía de Investigaciones - PDI).

Le PEN International appelle de toute urgence le Gouvernement du chili à :

  • Mettre un terme à la criminalisation du collectif LASTESIS, cesser de le harceler et assurer la protection de son intégrité physique et psychique.
  • Respecter les obligations pour lesquelles l’État chilien s’est engagé dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et le Pacte International sur les Droits Civils et Politiques, incluant le respect de la Liberté d’Expression et de Rassemblement. Mettre fin aux conflits d’intérêts dans la conduite des enquêtes pénales, respecter les exigences du procès équitable et garantir l’accès aux droits de l’Homme pour l’ensemble des citoyens.

Version française par Yekta pour le Pôle Traduction du PEN français