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Cuba : le harcèlement et la détention des écrivains et journalistes révèle l’existence d’une vague renouvelée de répression

lundi 0 septembre 0019 - 0:33pm

Une rue à Cuba

Londres, 29 août 2019 - La détention des journalistes Ricardo Fernández Izaguirre et Roberto de Jesús Quiñones Haces démontre la détérioration de la politique de Cuba en ce qui concerne les libertés de penser, d’accès à l’information, d’expression et de croyance, ont déclaré le PEN International et les Écrivains en Exil du PEN Cubain (PEN Cuban Writers in Exile), en appelant également les autorités cubaines à cesser la mise en cause pénale des journalistes, des artistes, des intellectuels et des écrivains.

Selon le Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ), le journaliste et avocat Roberto de Jesús Quiñones Haces a été placé en détention et brutalisé par des agents de l’État le 22 avril 2019, alors qu’il couvrait un procès pour le site Internet d'actualités CubaNet. Roberto de Jesús Quiñones Haces aurait été libéré cinq jours plus tard et condamné à une amende en raison de son comportement lors de sa détention, dont ils ont prétendu qu’il constituait une “désobéissance” et une “résistance”. Quiñones Haces aurait été condamné à un an d’emprisonnement le 7 août 2019 après avoir refusé de s’acquitter du montant de l’amende. Bien que Quiñones Hacesa ait présenté des éléments de preuve au soutien de son cas et demandé à être jugé de nouveau, le Tribunal a rejeté les preuves et exclu la tenue d’un nouveau procès par une décision du 19 août 2019. En date du 27 août 2019, le Tribunal a confirmé sa condamnation à un an de privation de liberté sous la forme d’un travail de rééducation accompagné d’une décision d’internement.

Dans son rapport spécial sur la situation de la liberté d’expression à Cuba, le Bureau du Rapporteur Spécial pour la Liberté d'Expression auprès de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (Inter-American Commission on Human Rights - IACHR) a fait observer que “cela fait des décennies que l’État cubain a organisé la machine institutionnelle pour réduire au silence les voix extérieures au régime et réprimer les journalistes indépendants ainsi que les artistes ou les citoyens qui tentent de s’organiser pour exprimer leurs demandes ; pendant tout ce temps, l’État a maintenu son monopole sur les médias”. Parmi les tactiques répressives utilisées par les autorités cubaines figurent les menaces, les assignations à comparaître, les détentions arbitraires, les fouilles et saisies de l’équipement des journalistes ainsi que l’imposition arbitraire de restrictions à la liberté d’aller et venir, telles que les interdictions de voyager. Le journaliste Ricardo Fernández Izaguirre ainsi que le poète et journaliste Jorge Olivera Castillo font partie des personnes récemment ciblées en raison de l’exercice de leurs droits à la liberté d'expression et d’association.

Le 14 août 2019, la police aurait placé en détention le poète et journaliste Jorge Olivera Castillo ainsi que sa femme - la militante des droits de l’homme Nancy Alfaya Hernández - pendant cinq heures après que ces derniers aient assisté à un événement culturel organisé conjointement par le Comité des Citoyens pour l’Intégration Raciale (Comité Ciudadanos de Integración Racial) et le Club des Écrivains et Artistes Cubains (Club de Escritores y Artistas de Cuba), un groupe d’écrivains indépendants présidé par Olivera Castillo. Olivera Castillo a également fait savoir que les époux avaient été condamnés à une amende de 100 pesos chacun. Olivera Castillo faisait partie des 35 écrivains, journalistes indépendants et libraires ayant été arrêtés dans le cadre d’une campagne de répression gouvernementale concernant de prétendus dissidents, campagne amorcée le 18 mars 2003 et au cours de laquelle 75 personnes au total ont été placées en détention et jugées.

Journaliste indépendant de la ville de Camagüey, Ricardo Fernández Izaguirre collabore avec des organes de la presse numérique et de la presse papier tels que 14ymedio et La Hora de Cuba, comme au site Internet de la Christian Solidarity Worldwide (CSW) - une organisation dédiée à la promotion de la liberté de religion. Le 12 juillet 2018, à La Havane, Ricardo Fernández Izaguirre a été placé en détention alors qu’il quittait le siège des Damas de Blanco (Les dames en blanc), une organisation composée des membres de familles de prisonniers politiques qui mènent périodiquement des actions pacifiques de protestation contre l’incarcération de ces derniers. La police locale l’aurait emprisonné en raison d’un séjour illégal à La Havane, selon l’avertissement qu’elle a délivré et qu’il a refusé de signer. Il a été relâché neuf jours plus tard. Ricardo Fernández Izaguirre considère que l’avertissement policier et sa détention sont arbitraires dans la mesure où il a passé moins de 24 heures dans la capitale. Avec les déportations intérieures (Deportaciones internas, transportations à l’intérieur même de l’État, ndt), les avertissements et les détentions représentent des menaces constantes pour les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme.

“La répression actuellement menée contre les créateurs cubains, qui s’exerce avec plus de virulence encore contre les blogueurs et les journalistes, s’intensifie dans la mesure où elle découle d’une politique répressive instituée à tous les niveaux de la société cubaine et se maintient grâce à elle”, a déclaré le bureau des Écrivains en Exil du PEN Cubain.

Le PEN International et le Centre des Écrivains Cubains en Exil condamnent la détention des écrivains, intellectuels, artistes et journalistes tout en appelant les autorités cubaines à respecter les obligations du droit international qui s’imposent à elles en tant que signataires du Pacte International sur les Droits Civils et Politiques (ICCPR), lequel prévoit, s’agissant de l’exercice légitime de la liberté d’expression, du droit de ne pas être arbitrairement détenu et du droit à un procès équitable, l’interdiction de tout acte qui pourrait mettre en échec ou amoindrir l’objectif et le but du traité.