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Nigéria: Des journalistes détenus alors que les autorités adoptent des mesures répressives à l’égard de la liberté d’expression

mercredi 0 décembre 2019 - 0:02pm

Agba Jalingo Bench

Update - 6 décembre 2019

Omoyele Sowore a été à nouveau appréhendé de force par le DSS lors de son audience du 6 Décembre, après avoir été relâché sous caution moins de 24 heures auparavant en accord avec l’ordonnance de la Haute Cour Fédérale. Le PEN International continuera de scruter attentivement la situation et recherche de plus amples informations.

Lire l’article en intégralité ici (en anglais)

Londres, 4 Décembre 2019 - Il est clair que le droit à la liberté d’expression est de plus en plus menacé au Nigéria, a déclaré le PEN International aujourd'hui à la suite de rapports faisant état d’arrestations et de détentions de journalistes dans le pays. L’organisation appelle les autorités nigériennes à préserver la liberté d’expression, consacrée dans la Constitution du Nigéria, en relâchant les journalistes détenus alors qu’ils n’ont fait que s'exprimer pacifiquement par leur travail ou leur action militante et en permettant aux journalistes d’accomplir leur travail à l’abri de toute interférence.

La diminution de l’espace accordé à la liberté d’expression trouve un exemple dans la détention du journaliste et militant Agba Jalingo, éditeur du site d’actualités en ligne CrossRiverWatch. Agba Jalingo a été arrêté le 22 Août à Lagos au sujet d’un article et de publications associées sur des réseaux sociaux datant de Juillet 2019, détaillant des allégations de corruption visant le Gouverneur d’État de l’État de Cross River. Agba Jalingo a initialement été accusé de trahison, de terrorisme et de publication de fausses nouvelles en Août, mais les charges ont été modifiées en Octobre, d’après un réquisitoire consulté par le PEN International. Agba Jalingo fait désormais face à trois accusations en vertu du Terrorism Act et à une accusation fondée sur le Cybercrimes Act. Les accusations de terrorisme sont liées à son implication présumée dans un mouvement de contestation au Nigéria avec Omoyele Sowore (voir ci-dessous). S’il est déclaré coupable, il pourrait être condamné à la prison à perpétuité ou à la peine capitale. Il est vu refuser le bénéfice d’une libération sous caution à deux reprises et demeure en détention à la prison de Calabar, dans le sud du Nigéria. Le PEN redoute aussi sérieusement qu’Agba Jalingo ne bénéficie pas d’un procès équitable, la Haute Cour Fédérale ayant autorisé les témoins à être masqués ainsi que des audiences à huis-clos.

La détention de journalistes tels qu’Agba Jalingo en raison de ce qu’ils ont écrit est un indice préoccupant de l'intolérance grandissante des autorités nigériennes à l’égard de ceux qui critiquent le gouvernement ou soulèvent des questions délicates sur des sujets d’intérêt général”, a déclaré Salil Tripathi, Président du Comité des Écrivains en Prison du PEN. “Il est absurde que les autorités le poursuivent en justice ; au lieu de cela, elles devraient enquêter sur les allégations dont il s’est fait l’écho et le remettre rapidement en liberté sans retenir d’accusation à son encontre”.

À l’image d’Agba Jalingo, Omoyele Sowore, journaliste de premier plan, éditeur du site Internet d’actualités Sahara Reporters, militant des droits de l’homme et de l’opposition, reste détenu à Abuja, la capitale du Nigéria, malgré une ordonnance de remise en liberté du tribunal et le fait qu’il a respecté les conditions de sa libération sous caution. Sa détention ainsi que les accusations de trahison, blanchiment et cyber-harcèlement du Président portées contre lui semblent intervenir en réponse au mouvement de protestation pacifique appelant à une bonne gouvernance qu’il a organisé, connue sous le nom de #RevolutionNow. Omoyele Sowore est détenu par le Département des Services de Sécurité (DSS) depuis le 3 août 2019. Après son arrestation, il a été détenu pour une période renouvelable de 45 jours sur le fondement du Terrorism Act, afin de permettre aux autorités de mener de plus amples investigations. Le DSS a pour l’instant refusé de le libérer sous caution, en dépit de deux ordonnances contraires du tribunal - jusqu’à présent, le DSS a ignoré une ordonnance du tribunal du mois de Septembre décidant qu’il devait être remis en liberté pendant son procès et ne s’est pas soumis à une ordonnance du tribunal du mois de Novembre appelant à sa remise en liberté lorsqu’il aurait satisfait les conditions de sa libération sous caution. Le 12 Novembre, des journalistes couvrant les manifestations de militants appelant à la libération d’Omoyele Sowore devant les quartiers-généraux du DSS à Abuja ainsi que les manifestants eux-mêmes auraient été harcelés et agressés par des fonctionnaires du DSS.

Selon le Comité de Protection des Journalistes, des journalistes ont également été victimes de violences alors qu’ils couvraient des manifestations et des élections dans d’autres parties du pays ces derniers mois.

De plus, plusieurs autres journalistes, blogueurs et écrivains souffrent de restrictions apportées à leur liberté d’expression par le biais de procédures judiciaires, d’arrestations et de placements en détention. Le PEN International recherche des informations supplémentaires sur ces situations. Le PEN Nigérien a publié une déclaration le 15 Novembre, Journée des Écrivains en Prison du PEN International, attirant l’attention sur la situation préoccupante à laquelle sont confrontés écrivains et journalistes dans le pays. Le PEN Nigérien a déclaré :

Ces exemples de violations de la liberté d’expression d’écrivains, de journalistes et de blogueurs nigériens, à l’instigation d’agents de l’État, soulèvent une grande inquiétude. Dans un régime démocratique tel que celui que le Nigéria aspire à être, l’un des piliers est la liberté d’expression… En tant qu’association d’écrivains, nous sommes préoccupés par les implications pour le peuple nigérien de ces actes systématiques de répression. Nous estimons qu'une telle censure à l’égard de la population est de mauvaise augure pour une évolution durablement saine de cette entité nommée Nigéria. Nous souhaitons par conséquent condamner en les termes les plus vifs ces actes de violation du droit à la liberté des personnes susmentionnées ainsi que des autres personnes soumises à un sort similaire”.

Le Cybercrime (Prohibition and Prevention) Act de 2015 et le Terrorism Prevention Amendment Act de 2013 ont été critiqués pour leur champ d’application démesurément large et ont été utilisés pour réduire au silence des voix critiques. D’autres mesures législatives proposées présentent le risque d’être employées pour restreindre la liberté d’expression, telles qu’un projet de loi pour réguler les réseaux sociaux, qui a été adopté en seconde lecture par le Sénat du Nigéria le 20 Novembre. Un projet de loi sur les discours de haine a été réintroduit devant le Sénat le 12 Novembre et proposait initialement la peine capitale comme châtiment possible ; des rapports indiquent que le projet va être amendé en vue du retrait de cette dernière disposition.

Le PEN International appelle les autorités nigériennes à assumer leur devoir de protéger la liberté d’expression en relâchant les journalistes détenus à raison de leur travail ou de tout autre motif arbitraire, en s’assurant que les journalistes puissent exercer leur profession en toute sécurité et sans crainte de représailles et en amendant ou en abrogeant la législation pour garantir sa conformité avec les standards internationaux des droits de l’homme.

Pour plus d’informations, merci de contacter Lianna Merner, Coordinatrice du Programme Afrique au PEN International, Koops Mill Mews, Unit A, 162-164 Abbey St, London, SE1 2AN, Tel.+ 44 (0) 20 7405 0338, email: lianna.merner@pen-international.org