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Appel à la mobilisation : en cette Journée mondiale des réfugiés, mobilisez-vous en faveur de Behrouz Boochani

vendredi 14 juin 2019 - 12:27pm

Behrouz Boochani

Appel à la mobilisation : en cette Journée mondiale des réfugiés, mobilisez-vous en faveur de Behrouz Boochani

Le 14 juin 2019 – Six ans après avoir été transféré de force sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Behrouz Boochani – écrivain, cinéaste et journaliste reconnu – est toujours retenu sur l'île. Armé de son stylo et de sa caméra, l’auteur a mis en lumière toute l'horreur, la cruauté et l'injustice de la politique de l'État australien envers les réfugiés et les demandeurs d'asile. Les écrivains, les journalistes et toutes les personnes qui doivent fuir pour rester en vie ont le droit de chercher auprès de la communauté internationale un endroit sûr pour s'y installer.  À l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, PEN International appelle le gouvernement australien et la communauté internationale à garantir le respect des droits de Behrouz Boochani et des réfugiés les plus vulnérables à travers le monde en leur assurant la protection voulue et davantage de possibilités de réinstallation.

Mobilisez-vous : Faites circuler l’information sur Facebook, Twitter et les autres réseaux sociaux

Exhortez les autorités australiennes à :

  • Prendre sans délai des dispositions en faveur de la réinstallation du journaliste kurde iranien Behrouz Boochani et de tous les autres migrants et demandeurs d'asile qui se trouvent actuellement sur l'île de Manus et à Nauru, conformément au droit international ;
  • Veiller à ce que la détention ne constitue qu’une mesure de dernier recours dans les cas où il existe de réels risques d’atteintes à la sécurité publique ou lorsqu’un migrant est susceptible de se soustraire à la justice ;
  • Informer par écrit, dans une langue qu'ils comprennent, les migrants et demandeurs d'asile des motifs de leur rétention, de sa durée, de leur droit d'avoir accès à un avocat et de contester sans délai leur mise en détention, ainsi que de leur droit de demander l'asile ;
  • Veiller à ce que les migrants et les demandeurs d'asile aient accès aux soins médicaux voulus – y compris en matière de santé mentale – ainsi qu’à une alimentation, des vêtements et des conditions d'hygiène convenables ;
  • Mettre fin à la pénalisation des critiques formulées à l'encontre des procédures d'asile de l'Australie, ce qui constitue une atteinte à la liberté d'expression.

Adressez vos requêtes à :

M. le député David Coleman

Ministre de l'immigration, de la citoyenneté, des services de l'immigration et des affaires multiculturelles,

PO Box 564, Revesby, NSW, 2212 Australie

david.coleman.mp@aph.gov.au

M. le député Peter Dutton Ministre de l'intérieur PO Box 6022 Parliament House Canberra ACT 2600 Téléphone : 02 6277 7860 Fax : 02 6273 4144

Courriel : peter.dutton.mp@aph.gov.au; minister@homeaffairs.gov.au

M. le député Scott Morrison,

Premier ministre de l’Australie, PO Box 6022 House of Representatives Parliament House Canberra ACT 2600 Australie

Par le biais du formulaire en ligne : https://www.pm.gov.au/contact-your-pm

Pensez également à adresser des copies de vos requêtes à l'ambassade d'Australie de votre pays. Les coordonnées des ambassades sont disponibles à cette adresse.

****Veuillez prendre contact avec notre bureau si vos requêtes sont envoyées après le 21 juillet 2019. Merci de nous faire parvenir des copies de vos lettres ou des renseignements sur d'autres initiatives menées et sur les réponses reçues.****

Autres initiatives envisageables

Par l’intermédiaire des centres PEN des pays dotés de programmes de réinstallation :

  • Exhortez votre gouvernement à assurer des possibilités de réinstallation aux réfugiés qui se trouvent actuellement sur l'île de Manus et à Nauru et dont la demande d'asile est jugée légitime ;
  • Appelez votre gouvernement à faire pression sur le gouvernement australien pour qu'il prenne sans attendre des dispositions en vue de réinstaller les migrants et les demandeurs d'asile qui se trouvent sur l'île de Manus et à Nauru, conformément au droit international, ainsi que pour mettre fin aux atteintes à la liberté d'expression en matière de politiques d'asile ;

Par l’intermédiaire des centres PEN des pays qui ne sont pas dotés de programme de réinstallation :

  • Exigez la mise en place de programmes de réinstallation et de villes ICORN en faveur des écrivains menacés ;
  • Appelez votre gouvernement à faire pression sur le gouvernement australien pour qu'il prenne sans attendre des dispositions en vue de réinstaller les migrants et les demandeurs d'asile qui se trouvent sur l'île de Manus et à Nauru, conformément au droit international, ainsi que pour mettre fin aux atteintes à la liberté d'expression en matière de politiques d'asile ;
  • Pensez éventuellement à nommer Behrouz Boochani membre honoraire. Des précisions sur les modalités de nomination des membres honoraires figurent dans le Manuel du Comité des écrivains en prison, disponible ici ;
  • Organisez des manifestations publiques, des conférences de presse, des marches, des lectures des poèmes et des autres écrits de Behrouz Boochani ;
  • Adressez-lui des messages de solidarité par le biais de l’adresse suivante : emma.wadsworth-jones@pen-international.org
  • Faites la promotion de ses écrits disponibles en ligne (voir les deux poèmes disponibles à cette adresse)
  • Partagez la Résolution sur l’Australie de PEN rédigée en 2018 (en anglais).
  • Veillez par ailleurs à faire mention de Behrouz Boochani dans toutes les opérations menées sur les réseaux sociaux : @BehrouzBoochani

Rappel contextuel

En Iran, où il est né, Behrouz Boochani a travaillé comme journaliste indépendant, mais aussi pour le compte d’un certain nombre de journaux du pays, parmi lesquels Kasbokar Weekly, Khanoon, Etemad, ainsi que pour l’agence iranienne du sport.  Parmi ses publications figurent des articles sur la politique au Moyen-Orient et des entretiens avec les élites kurdes de Téhéran. Il est le co-fondateur et rédacteur en chef du magazine kurde Werya (Varia).  Le 17 février 2013, des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique ont saccagé les bureaux de Werya à Ilam et arrêté onze de ses confrères. Plusieurs d'entre eux ont par la suite été emprisonnés.  Craignant pour sa sécurité, Behrouz Boochani a alors dû commencer à vivre caché.

Pendant les trois mois qu’il a passés dans la clandestinité, il a à maintes reprises été averti par des confrères qu'il risquait d'être arrêté et interrogé. En tant que membre de la minorité kurde en Iran, du Parti démocratique du Kurdistan et de l'Union nationale des étudiants kurdes, il a par ailleurs vécu pendant des années sous la menace et en étant constamment surveillé. Il était sérieusement menacé puisqu’il avait déjà été questionné et mis en garde au sujet de ses écrits et de ses activités d'enseignement de la culture et de la langue kurdes, tout en étant contraint de signer un engagement à y renoncer.

Il a fui l'Iran le 23 mai 2013. En juillet de la même année, lui et d'autres demandeurs d'asile ont été interceptés par la marine australienne en provenance d'Indonésie. Bien qu'il ait immédiatement demandé l'asile, comme le permet l'article premier de la Convention relative au statut des réfugiés, Behrouz Boochani – comme tant d'autres – a été conduit sur l'île Christmas, en Australie, puis transféré de force au Centre régional de traitement de Manus Island, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il s’y trouve toujours aujourd’hui.

Malgré cette épreuve, il a continué d'écrire sur la politique kurde et iranienne depuis son lieu de détention, tout en rendant compte des terribles conditions de vie qu’il doit supporter avec les autres détenus. En 2017, il a filmé en cachette la façon dont les choses se passent sur l'île de Manus à l'aide d'un téléphone. Avec la participation du cinéaste et monteur iranien Arash Kamali Sarvestani, les images ont été intégrées au long métrage Chauka Please Tell Us the Time. Plus récemment, il a publié un livre intitulé No Friend but the Mountains: Writing from Manus Prison, acclamé par la critique. Il s'est vu décerner à la fois le Victoria Prize for Non-Fiction et le Victoria Prize for Literature, des prix habituellement réservés à des ressortissants ou résidents australiens.

En mai 2017, les autorités de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les autorités australiennes ont entamé le processus de déclassement du centre de traitement de l'île de Manus, mettant par là-même progressivement fin aux activités du site. Les hommes qui s’y trouvaient se sont vu proposer plusieurs possibilités, à savoir accepter une réinstallation temporaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée dans des centres de transit pour réfugiés spécialement construits à cet effet, être transférés à titre volontaire à Nauru, ou encore rentrer chez eux de leur plein gré ou se rendre dans un autre pays dans lequel ils ont déjà le droit de résider.

Suite à la réélection du gouvernement de coalition en mai 2019, on a pu constater une détérioration des conditions de vie et de l’état de santé mentale des personnes restées sur l'île de Manus, accompagnée d’une sensible augmentation des cas d'automutilation et des tentatives de suicide. Cette situation critique aurait d’ailleurs conduit le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée à déployer son unité de police paramilitaire – une brigade accusée d'avoir commis des violations des droits humain – au sein du camp de Manus.

Behrouz Boochani se trouve toujours en grand danger. Les nombreux reportages qu’il continue de publier sur la politique kurde et iranienne dans les journaux kurdes lui font courir le risque d’être emprisonné s'il retourne en Iran. Sachant que le gouvernement australien sanctionne pénalement les commentaires formulés contre sa politique en matière de demandeurs d'asile et la situation qui règne dans ses centres de rétention offshore (voir la Résolution de PEN de 2018), il est peu probable que Behrouz soit un jour le bienvenu sur le sol australien. Bien qu’il se soit vu accorder le statut de réfugié par les services de l'immigration de Papouasie-Nouvelle-Guinée en avril 2016, rester dans ce pays n'est pas envisageable non plus, car lui et les autres hommes qui y sont retenus ont de sérieuses raisons de s’inquiéter pour leur sécurité (pour en savoir davantage sur les conditions de vie à Manus et Nauru, voir l’action menée par PEN à l’occasion de la Journée des droits de l’homme de 2017).

Il reste de fait bloqué par l'Australie sur l'île de Manus jusqu’à nouvel ordre, sans savoir quel sort lui sera réservé. Cette incertitude n’a fait qu’empirer son état de choc et constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant qui est interdit par le droit international, comme le stipule la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, à laquelle l'Australie est partie.

Pour de plus amples informations, veuillez contacter Emma Wadsworth-Jones à PEN International, Koops Mill Mews, Unit A, 162-164 Abbey St, Londres, SE1 2AN, Tel.+ 44 (0) 20 7405 0338, courriel : emma.wadsworth-jones@pen-international.org


Traduit de l’anglais par Damien Allo.