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Turquie : Les prisonniers politiques doivent être libérés sans délai

mercredi 24 juin 2020 - 12:09pm

La Turquie reste le pays qui emprisonne le plus de journalistes dans le monde

Le PEN International, le PEN anglais et le PEN turc se sont joints au Centre Raoul-Wallenberg pour les Droits de la Personne et à cinq autres organisations internationales de défense des droits de l’Homme pour appeler la communauté internationale à agir et presser la Turquie de libérer des dizaines de milliers de prisonniers politiques ayant délibérément été exclus des remises en liberté pour la COVID-19 :

Au milieu de cette pandémie, un modèle inquiétant s’est fait jour, dans lequel des pays autoritaires tirent profit de la crise générale pour éliminer ou infliger des souffrances supplémentaires à des prisonniers politiques détenus en prison dans certaines des pires conditions au monde - les espaces les plus propices à la transmission de la COVID-19. Plus que jamais, nous devons faire savoir à ces défenseurs des droits de l’Homme que nous ne les oublions pas.

Le 14 Avril, au lendemain de l’annonce de la mort de trois prisonniers du COVID-19 par le Ministre turc de la Justice [1], le parlement a voté une loi afin de remettre en liberté jusqu’à 90.000 prisonniers, incluant des personnes condamnées pour crime organisé ou tentatives de meurtres (les projets initiaux incluaient les délinquants sexuels) [2]. La loi exclut toutefois expressément des dizaines de milliers de personnes emprisonnées pour l’exercice pacifique de leurs droits, incluant des défenseurs des droits de l'Homme, des journalistes, des meneurs politiques, des intellectuels et des avocats visés par une législation antiterroriste turque exagérément large.

La Turquie est un épicentre de la pandémie au Moyen Orient, avec plus de 180.000 cas avérés [3], bien que des informations rassemblées par le New York Times indiquent que le gouvernement d’Erdogan en dissimule un bien plus grand nombre [4]. Le gouvernement continue de filtrer étroitement le flux d’information et le Ministère de la Santé Publique est la seule entité fournissant des informations sur le virus. D’après les statistiques les plus récentes du Comité pour la Protection des Journalistes, la Turquie et la Chine sont les plus grands geôliers de journalistes, la Turquie “ayant pratiquement éliminé tout journalisme indépendant” [5]. Depuis le début de l’épidémie, au moins sept journalistes et rédacteurs en chef ont été placés en état d’arrestation - et d’autres convoqués pour des interrogatoires - pour avoir effectué des reportages sur la COVID-19 [6].

La maladie, qui se propage à grande vitesse, fait naître des préoccupations accrues à l’égard des geôles turques, qui étaient déjà réputées pour des atteintes aux droits de l’Homme, une surpopulation carcérale et des conditions insalubres de détention avant la pandémie. Le gouvernement refuse désormais de remettre en liberté des prisonniers politiques, compromettant directement leur santé.

Parmi les personnes exclues de la vague de libérations figurent des détenus soumis à un plus grand risque de contamination par la COVID-19 - beaucoup âgés de plus de 60 ans, avec des prédispositions telles que des troubles pulmonaires et cardiaques, des cancers et des handicaps invalidants [7]. Ces détenus sont souvent déjà placés en situation de vulnérabilité par rapport à la maladie en raison des conditions de détention nocives et de fréquents actes de torture.

Actuellement, une distanciation physique est impossible au sein des prisons turques, où jusqu’à 28 détenus sont entassés dans des salles destinées à 8 personnes et 10 dans des cellules destinées à 3 personnes [8]. Dans le Complexe d’Établissements Pénitentiaires de Silivri, pas moins de 39 détenus, tous testés positifs, étaient retenus dans des salles de quarantaine conçues pour 7 à 8 personnes [9]. Les autorités et le personnel de surveillance turcs ont négligé de protéger la population carcérale pendant la pandémie, s’abstenant de porter des masques ou de fournir aux détenus tout produit de nettoyage ou masques de protection [10]. Des rapports ont également souligné le refus de soins médicaux appropriés en prison, dont l’absence de transfert de détenus à l’hôpital, de fourniture de nourriture convenable ou de prise en compte de leurs plaintes en matière médicale [11].

Nous, organisations soussignées, appelons tous les gouvernements, les organisations non gouvernementales ainsi que les Nations Unies à faire pression sur le gouvernement turc pour qu’il libère immédiatement ses prisonniers politiques et à condamner le fait qu’il instrumentalise la pandémie pour cibler davantage ces défenseurs des droits de l’Homme.

Signé :

Centre Raoul-Wallenberg pour les Droits de la Personne

Article 19

PEN Anglais

Freedom House

Human Rights Foundation

Index on Censorship

PEN International

PEN Turquie

Robert F. Kennedy Human Rights


Version française par le Pôle Traduction du PEN français