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Résolution de PEN International sur la Chine

Second Resolution

Proposée par PEN Suède
Appuyée par PEN Ouïghour

L’Assemblée des Délégués de PEN International, lors de son 86e congrès annuel en ligne, du 2 au 6 novembre 2020 ;

L’inquiétude de PEN International continue de grandir concernant la dégradation systématique du droit à la liberté d’expression en République Populaire de Chine (RPC), ainsi que les mesures répressives actuelles du gouvernement contre celles et ceux qui expriment pacifiquement leurs opinions. Ces inquiétudes font écho à celles exprimées les années précédentes par l’intermédiaire de résolutions adoptées lors de plusieurs congrès annuels de PEN International, le plus récemment lors du 85e congrès mondial de septembre 2019. Malgré quelques libérations, très bien accueillies, et enfin survenues depuis, notamment celles de Huang Xiaomin, Xu Lin et Liu Xianbin,[1] l’espace public de liberté d'expression continue d’être sapé dans tout le pays. Au moins 12 membres du Centre PEN chinois indépendant (ICPC) sont toujours emprisonnés ou détenus, tandis que des dizaines d’autres ont subi différentes formes de harcèlement et de restrictions de déplacement, illustrant ainsi les persécutions que subissent continuellement les membres du Centre. Dans la Liste des Cas (Case List) 2019,[2] PEN International a recensé 39 cas d’écrivains soumis à différentes formes de détention en RPC, soit le nombre le plus élevé parmi les pays enregistrés.

La gravité de la crise dans la région du Xinjiang reste tout à fait préoccupante. Avec des signalements de pas moins de 1,8 millions de Ouïghours et d’autres minorités retenus dans des camps de rééducation extrajudiciaires,[3] le gouvernement de la RPC n’a montré aucun signe de relâchement face à la condamnation internationale toujours plus importante.[4] De fait, l’intensité des mesures répressives a eu un impact dévastateur sur l’identité ouïghoure dans la région, avec des détenus forcés de se soumettre à un endoctrinement politique intensif et contraints de renoncer à leurs croyances les plus profondes.[5] Parmi les personnes enfermées dans ces camps, on compte des centaines d’écrivains, de poètes, d’universitaires, de traducteurs et d’autres figures publiques ouïghoures, dont la plupart n’a eu aucune communication avec le monde extérieur, étant détenue sans procès pour une durée indéterminée.[6] Les exemples de personnes détenues incluent l’universitaire mondialement connue Rahile Dawut,[7] éminente spécialiste du folklore ouïghour à l’université du Xinjiang, qui a disparu sans laisser de trace lors d'un voyage du Xinjiang à Pékin en décembre 2017. Perhat Tursun, l’un des plus grands écrivains ouïghours du monde, aurait été disparu par les services de sécurité en janvier 2018 et condamné à seize ans d’emprisonnement[8].

Partout en RPC, le gouvernement poursuit ses mesures répressives à l’encontre de la société civile, limitant l'espace de liberté d’expression et contrôlant l’accès à l’information. Les autorités utilisent les dernières avancées technologiques pour créer un dispositif de surveillance panoptique de plus en plus important,[9] s’assurant ainsi de pouvoirs élargis afin de surveiller et de modeler le discours public au moyen de la censure et de la propagande. Le climat de répression qui en résulte impacte toutes les couches de la société chinoise et s’illustre peut-être le plus nettement dans les indications selon lesquelles le gouvernement de la RPC a d’abord cherché à réduire au silence le Dr. Li Wenliang, lorsque celui-ci a tenté d’alerter l'opinion publique sur les dangers du COVID-19,[10] entraînant ainsi un tollé à l’encontre du gouvernement qui a fait passer le contrôle avant la santé de ses citoyens.

Les efforts fournis par le gouvernement de la RPC pour imposer davantage de contrôle à la société se sont également propagés rapidement aux régions périphériques du pays. À Hong Kong, un territoire qui fait depuis longtemps office de refuge pour les personnes fuyant les persécutions de la Chine continentale, la promulgation de la loi sur la sécurité nationale marque la dernière attaque en date contre les droits et protections uniques qu’offre ce territoire.[11] Les termes génériques employés dans cette loi garantissent aux instances gouvernementales une très grande discrétion de redéfinition arbitraire des limites de la liberté d’expression,[12] constituant une menace potentielle pour quiconque exprime des opinions divergentes à l’égard des gouvernements de Hong Kong ou de la RPC. PEN International continue d’appeler à la libération de trois écrivains et éditeurs basés à Hong Kong : Gui Minhai, Yao Wentian et Wang Jianmin.[13] Gui Minhai, membre de l’ICPC, a été vu pour la dernière fois en octobre 2015 en Thaïlande. Depuis, il est détenu en RPC dans un lieu inconnu, sans aucune assistance juridique ni aucun accès aux services consulaires.[14] L’arrestation de Gui Minhai, citoyen suédois, et son renvoi signalé de la Thaïlande vers la RPC, illustrent très clairement la capacité et la volonté accrues du gouvernement chinois de poursuivre de manière agressive tout opposant au-delà de ses frontières.

Au Tibet, les autorités cherchent activement à développer leurs initiatives de travail forcé dans toute la région,[15] tandis que des écrivains, notamment Kunchok Tsephel Gopey Tsang et Jo Lobsang Jamyang, sont toujours en prison sur la base de fausses accusations liées à la sécurité.[16] Pendant ce temps, en Mongolie intérieure, de récents changements dans le parcours éducatif mettent l’accent sur un enseignement en chinois mandarin, au détriment d’un enseignement en langue mongole, entraînant des protestations massives suivies de mesures répressives des instances gouvernementales.[17]

Dans le monde entier, le gouvernement chinois tend de plus en plus à exploiter sa puissance économique afin de redessiner les normes et les institutions internationales, dans une tentative d’étendre son influence et de se protéger contre toute critique. Les universités ont été le fer de lance de ces efforts. Aussi, PEN International est grandement préoccupé par de nombreux rapports indiquant que les autorités de la RPC appliquent les principes de censure, d’intimidation et de surveillance des étudiants et universitaires partout dans le monde.[18] Le gouvernement chinois affaiblit ainsi le principe de la liberté académique, si essentielle au développement de la pensée critique et à l’échange des idées via la liberté d’expression.

L’Assemblée des Délégués de PEN International appelle le gouvernement de la République Populaire de Chine à :

  • Mettre fin à la persécution de tous les écrivains, poètes, journalistes et universitaires dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, y compris Rahile Dawut, Perhat Tursun, Gheyret Niyaz, Memetjan Abdulla, Gulmira Imin, Ilham Tohti, Adil Tunyaz, Yalkun Rozi, Ablajan Awut Ayup et Omerjan Hasan Bozqir ;
  • Libérer tous les prisonniers détenus pour avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression dans la région autonome du Tibet, y compris Kunchok Tsephel Gopey Tsang et Lobsang Janyang ;
  • Cesser toutes ses initiatives de censure de la liberté d'expression en ligne et libérer immédiatement tous les journalistes-blogueurs emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions ;
  • Mettre fin à la mise en œuvre de politiques linguistiques qui dégradent la protection des langues minoritaires et détruisent la diversité linguistique ;
  • Libérer tous les éditeurs de Hong Kong prisonniers ou détenus, y compris Yao Wentian, Wang Jianmin et Gui Minhai ;
  • Libérer tous les autres écrivains et journalistes emprisonnés ou détenus en République populaire de Chine, y compris le citoyen australien Yang Hengjun, les membres de l’ICPC Qin Yongmin, Lü Gengsong, Chen Shuqing, Wang Yi, Hu Shigen, Liu Feiyue et Zhou Yuanzhi, ainsi que les membres honoraires Lu Jianhua, Guo Quan, Li Tie, Chen Xi, Zhao Haitong, Zhang Haitao et Wu Gan ;
  • Ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui a été signé par le gouvernement de la RPC en octobre 1998 ;
  • Abroger ou amender toutes les lois qui limitent indument la capacité des citoyens à exercer leur droit à la liberté d’expression, en les harmonisant avec les normes internationales, y compris le droit pénal, le droit de la procédure pénale et les lois relatives à la cybersécurité ;
  • Cesser le harcèlement et la persécution des membres du Centre PEN Chinois Indépendant (ICPC, Independent Chinese PEN Centre) et lever toutes les restrictions relatives à leur liberté de quitter et d’entrer sur le territoire de la Chine continentale, en particulier afin de pouvoir participer aux conférences de PEN International et rentrer chez eux ;
  • Cesser de cibler les intellectuels ouïghours, notamment les écrivains, les journalistes et les éditeurs de publications en ligne, et fermer immédiatement tous les « camps de rééducation » qui ont été construits dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang ;
  • Cesser tout mauvais traitement et toute torture des écrivains et des journalistes emprisonnés ainsi que de tout autre prisonnier politique ;
  • Cesser toute pratique d’exploitation de motifs relatifs à la sécurité nationale, à l’économie et à l’ordre public comme prétexte pour réprimer les écrivains, les opposants en ligne, les défenseurs des droits humains, les universitaires et les avocats ; mettre fin à la pratique des aveux télévisés, qui contrevient au droit de tout individu à un procès équitable ;
  • Mettre fin à l’intimidation des universitaires, à la surveillance des étudiants et aux atteintes au principe de la liberté académique via des contraintes économiques ;
  • Entreprendre une réforme complète et sérieuse du système juridique chinois, conformément aux normes internationales et à la Constitution de la RPC, afin de garantir des procès équitables avec tous les droits de défense et d’appel, la pratique légale du travail d’avocat, ainsi qu’un système pénitentiaire qui protège la santé et la sécurité de ses détenus.

[1] « HUANG Xiaomin (Libéré). » 2019. Centre PEN chinois indépendant. Https://www.chinesepen.org/english/100-huang-xiaomin‌www.‌chinesepen‌.org‌‌/english/100-huang-xiaomin ; « 231. XU Lin (Libéré). » 2020. Centre PEN chinois indépendant. https://‌www.chinesepen.org/english/231-xu-lin; « Historique de l’affaire : Liu Xianbin. » 2020. Front Line Defenders. https://‌www.frontlinedefender....

[2] « La liste des Cas 2019 de PEN International. » PEN International. https://pen-international.org/....

[3] Adrian Zenz. 2019. « ‘Des cerveaux lavés, des cœurs lessivés’: Des preuves issues de documents du gouvernement chinois portant sur la nature et l’étendue de la campagne d'internement extrajudiciaire du Xinjiang. » Journal of Political Risk 7(11). https://www.jpolrisk.com/wash-....

[4] Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. 2020. Les experts des Nations Unies appellent à des mesures décisives pour protéger les libertés fondamentales en Chine. https://www.ohchr.org/EN/‌News... ; Liu Zhen. 2020. « Xi Jinping affirme que les politiques du Xinjiang sont « parfaitement correctes », malgré les inquiétudes croissantes relatives aux droits humains. » South China Morning Post. https://www.scmp.com/news/chin....

[5] Austin Ramzy et Chris Buckley. 2019. « Absolument sans pitié : les fichiers divulgués révèlent l’organisation de détentions massives des musulmans par la Chine. » New York Times. Https://www.nytimes.com/intera... ; Human Rights Watch. 2018. « L’éradication des virus idéologiques » - La campagne de répression de la Chine contre les musulmans du Xinjiang. https://www.hrw.org/report/2018/09/09/eradicating-ideological-viruses/chinas-campaign-repression-against-xinjiangs.

[6] « MISE À JOUR : détenus, puis disparus : des intellectuels font l’objet d’attaques dans la région ouïghoure. » 2019. Uyghur Human Rights Project. https://uhrp.org/press-release....

[7] Chris Buckley et Austin Ramzy. « Des universitaires renommés disparaissent alors que les mesures répressives inondent la Chine Occidentale. » New York Times. https://www.nytimes.com/2018/08/10/world/asia/china-xinjiang-rahile-dawut.html.

[8] Darren Byler. 2020. « La Disparition de Perhat Tursun, l’Un des Plus Grands Auteurs Ouïghours du Monde. » Sup China. https://supchina.com/2020/02/0....

[9] Kenneth Roth et Maya Wang. 2019. « Le Léviathan des données: l’émergence de l’État de surveillance chinois. » Human Rights Watch. Https://www.hrw.org/news/2019/08/16/data-leviathan-chinas-burgeoning-surveillance-state ; « La liberté dans le monde en 2020 : la Chine. » 2020. Freedom House. https://‌freedomhouse.org/country/china/freedom-world/2020.

[10] « Li Wenliang : le décès du médecin de Wuhan des suites du coronavirus déclenche la colère. » 2020. BBC News. https://‌www‌.bbc.com/news/wor....

[11] « La loi de Hong Kong sur la sécurité nationale : 10 choses à savoir. » 2020. Amnesty International. https://www.amnesty.org/en/latest/news/2020/07/hong-kong-national-security-law-‌10‌-things-you-need-to-know/.

[12] Ilaria Maria Sala et Louisa Lim. 2020. « La Chine impose une loi anti subversion à Hong Kong, annonciatrice d’un changement permanent sur ce territoire. » The Guardian. https://www.theguardian.com/‌c....

[13] « Chine : une inquiétude croissante pour l’éditeur détenu Yao Wentian alors que de nouvelles mesures répressives contre les opposants voient le jour. » 2020. PEN International. Https://pen-international.org/... ; « 163. WANG JIANMIN. » 2018. Centre PEN chinois indépendant. https://www.chinesepen.org‌/english‌/163-wang-jianmin.

[14] « Chine : PEN condamne les poursuites judiciaires à l’encontre de l’éditeur Gui Minhai. » 2020. PEN International. https:‌//pen-international.org/news/china-pen-condemns-prosecution-of-publisher-gui-minhai.

[15] Cate Cadell. 2020. « Exclusif : la Chine déploie brutalement son programme de travail forcé au Tibet. » Reuters. https://www.reuters.com/articl... ; Adrian Zenz. 2020. « Le système de formation professionnelle militarisé du Xinjiang arrive au Tibet. » Jamestown Foundation: China Brief 20(17). https://jamestown.org/program/....

[16] « Chine – Tibet : PEN réitère ses appels à la libération de l’écrivain et éditeur Kunchok Tsephel Gopey Tsang. » 2017. PEN International. Https://pen-international.org/... ; Lhuboom. 2016. « L’écrivain et moine tibétain condamné à une peine de prison. » Radio Free Asia. https://‌www.‌rfa.‌org/english....

[17] Eva Xiao. 2020. « La Chine applique ses mesures répressives aux Mongols, lesquels affirment que leur culture est en train d’être anéantie. » Wall Street Journal. Https://www.wsj.com/articles/c... ; Alice Su. 2020. « Menaces d’arrestation, de perte d’emploi et de surveillance: la Chine vise ses groupes minoritaires. » Los Angeles Times. https://‌www‌.‌latimes.com/wor.... Christopher P. Atwood, 2020. « L’enseignement bilingue en Mongolie intérieure : explications. » Made in China Journal. https://‌madeinchinajournal.com/2020/08/30/bilingual-education-in-inner-mongolia‌-an-explainer/.

[18] « Des obstacles à l’excellence : la liberté académique et la quête chinoise d’universités de classe mondiale. » Scholars at Risk Network https://www.scholarsatrisk.org/resources/obstacles-to-excellence-academic-freedom-chinas-quest-for-world-class-universities/ ; « Chine : les menaces du gouvernement à l’encontre de la liberté académique à l’étranger. » Human Rights Watch. https://www.hrw.org/news/‌2019....